Reconstruction de la tête et du cou
La reconstruction de la tête et du cou intervient après une résection chirurgicale, un traumatisme, ou pour corriger des séquelles tissulaires. Elle vise à restaurer à la fois la forme (esthétique du visage, du cuir chevelu et du cou) et la fonction(mastication, déglutition, phonation, respiration), souvent simultanément.
Cette chirurgie reconstructrice se conçoit toujours dans un cadre multidisciplinaire. Le rôle du chirurgien plasticien reconstructeur intervient en aval du geste de résection réalisé par les équipes spécialisées (ORL, maxillo-faciales, neurochirurgicales), pour combler la perte de substance et restaurer l'anatomie.
Indications
La reconstruction de la tête et du cou est indiquée après :
résection de tumeurs ORL (cavité buccale, oropharynx, hypopharynx, larynx, sinus) réalisée par les équipes ORL ou maxillo-faciales
résection de tumeurs cutanées étendues de la face, du cuir chevelu et du cou
chirurgie neurochirurgicale complexe (résection tumorale intracrânienne, infection d'implant crânien, séquelles post-craniotomie) nécessitant une reconstruction du scalp ou des téguments
traumatismes complexes de la face, du cuir chevelu ou du cou
séquelles post-thérapeutiques (post-radiothérapie, nécrose tissulaire, échec d'une reconstruction antérieure)
Une palette de techniques adaptée à chaque situation
La diversité des défects rencontrés en région cervico-faciale impose de disposer d'une palette technique large. Le choix de la technique dépend de la localisation et de la taille du défect, de la nature des tissus à reconstituer (peau, muscle, os, muqueuse, nerf), de l'état général du patient, et des antécédents thérapeutiques (radiothérapie notamment).
Les principales techniques que je pratique dans cette indication.
Greffes cutanées et lambeaux locaux, pour les pertes de substance limitées de la face et du cuir chevelu.
Lambeau antérolatéral de cuisse (ALT) — lambeau libre microchirurgical, choix de première intention pour de nombreuses reconstructions cervico-faciales en raison de sa polyvalence (peau seule, peau + muscle, peau + fascia) et de la faible morbidité du site donneur.
Lambeau avant-bras radial chinois — lambeau libre fin et souple, particulièrement adapté aux reconstructions de la cavité buccale, du pharynx, et aux reconstructions cutanées de la face nécessitant une grande finesse.
Lambeau fibulaire — lambeau libre osseux ou ostéo-cutané, technique de référence pour la reconstruction mandibulaire après résection segmentaire.
Famille des lambeaux pédiculés ou libres sur l'artère sous-scapulaire et thoracodorsale — palette riche (lambeau scapulaire, parascapulaire, serratus antérieur, grand dorsal, TDAP), permettant d'adapter la composition du lambeau (peau, muscle, os, ou combinaisons) au défect à reconstruire.
Lambeau SCIP (Superficial Circumflex Iliac Artery Perforator) — lambeau perforant fin, prélevé en région inguinale, particulièrement adapté aux reconstructions superficielles et aux défects nécessitant une peau souple et discrète. Cicatrice du site donneur dissimulable.
Lambeau MSAP (Medial Sural Artery Perforator) — lambeau perforant du mollet, fin et souple, intéressant pour les reconstructions de la cavité buccale, de la face et des extrémités lorsqu'un lambeau de faible épaisseur est requis.
Lambeau DIEP (perforante épigastrique inférieure profonde) — peut être utilisé en lambeau libre dans certaines reconstructions cervico-faciales de grande étendue, lorsqu'un volume tissulaire important est nécessaire.
Lambeau PAP (perforante de l'artère fémorale profonde) — lambeau perforant de la face interne de cuisse, alternative utile dans les reconstructions volumineuses.
Lambeau de nerf vascularisé — utilisé pour les reconstructions associant une composante nerveuse (réparation du nerf facial notamment, ou d'autres nerfs sensitifs/moteurs cervico-faciaux), en associant un lambeau cutané ou musculaire à un greffon nerveux vascularisé.
Lambeau de grand pectoral pédiculé — solution fiable et rapide, particulièrement utile pour les reconstructions du plancher buccal, de la région cervicale antérieure, et en situation de sauvetage après échec d'autres reconstructions.
D'autres techniques peuvent être discutées au cas par cas selon la spécificité du défect.